• C’est vraiment une “nouvelle vie” pour vous d’arriver chez nous, comment s’est passé votre accueil dans notre diocèse ?
Apollinaire : Je dis que j’ai été accueilli dans le diocèse de Nancy. Quand je suis arrivé, on m’a demandé de quoi j’avais besoin ; et les gens me disaient d’appeler chez eux, si j’avais besoin de quelque chose. D’autres me disaient qu’il fait froid dans l’Est. En fait, c’est très difficile pour moi, à cause de la différence avec notre culture et parce que je voulais surtout pas gêner ! A tous, je dis souvent “ça va”. Cependant, j’ai accepté quand même de répondre à des invitations des familles dans le quartier... Oh! au moins une fois par mois. Là, j’y découvre de grandes différences avec les familles en Afrique, surtout dans les relations entre enfants et parents. Le respect de l’autre, le sens de la liberté, les choix de projets de vie... Par ailleurs, alors qu’on s’imagine qu’en Europe, tous les gens sont riches, je suis frappé de m’apercevoir qu’il puisse y avoir des adultes à la rue, sans rien ; chez nous, ce sont des enfants orphelins ou/et abandonnés qui sont dans les rues (on les appelle d’ailleurs “enfants des rues” ou “enfants sorciers”). Les vieux sont pris en charge par tout le monde !
Gérard. Je dirais aussi que j’ai vraiment été bien accueilli à Nancy par les autorités du diocèse bien sûr, et par tous les prêtres que je commence à connaître, et par les chrétiens de la Cathédrale où je suis maintenant avec le Père Boichot. Depuis que je suis arrivé ici, ce qui m’a frappé d’abord, c’est le froid de l’hiver ! On n’est pas habitué au froid comme cela chez nous car il fait toujours au moins 18 degrés! Je ne savais pas ce qu’était un manteau et je remercie les gens qui m’en ont donné un ; c’est pour moi vraiment un signe d’accueil qui va me permettre de m’intégrer à la vie d’ici.
• Cela n’a donc pas été très facile...
Gérard. Il y forcément un choc culturel ! Comme pour tous ceux qui arrivent dans une autre culture, on est surpris et on découvre que les idées que l’ont se fait ne correspondent pas à la réalité. Il faut accepter de faire son expérience. Beaucoup de choses m’ont étonné en arrivant en France ! C’est, par exemple, la surproduction d’information, la consommation d’information variée qui existent ici. On peut se demander si cela est profitable et comment peut-on discerner ce qu’il faut “avaler”! L’autre jour, on me téléphonait de chez moi et je leur disais que j’avais maintenant un agenda, ce qui les a bien fait rire! Quand j’étais en Afrique, je n’avais pas d’agenda et cela ne me posait aucun problème. On se dit quand on se rencontre, cela suffit. Sur mon bureau, il y avait un ordo et une feuille d’annonces du dimanche, voilà les instruments de référence pour le travail de la semaine. En plus, il y a toujours quelqu’un, dans la communauté de base, qui est chargé de rappeler les réunions pour ceux qui n’ont pas pu aller à la messe dominicale. Je trouve que l’on programme trop l’avenir ici et qu’il n’y a plus de place à l’imprévu et que tout est facilement compliqué... Heureusement que j’ai pu bénéficier de la session d’accueil pour les nouveaux arrivants !
• Comment voyez-vous la mission qui vous a été confiée dans notre diocèse ?
Apollinaire. Je suis arrivé à Nancy pour suivre la formation de l’école de santé publique, il y a déjà quatre ans parce que je m’intéressais beaucoup chez moi à toutes les questions de développement. Mon évêque m’a proposé alors que je reste à Nancy comme prêtre “fidéi donum”, ce que j’ai accepté. J’ai donc été nommé comme prêtre coopérateur à la paroisse saint Jean de la Commanderie et je suis également le référent à l’ensemble scolaire St Léon. Je poursuis donc mon expérience dans l’Eglise de France, commencée à Lyon et Paris. Comme l’on dit chez nous, je pensais voir les églises presque vides, mais après observation, je me rends compte que l’Eglise fait son chemin : j’ai été marqué par mon expérience auprès des personnes âgées au Bas Château, je ne m’étonne pas que les gens soient frappés par la Parole de Dieu et continuent à chercher. C’est un petit nombre de personnes que je rencontre, des gens spirituellement profonds, avec des convictions fortes et qui s’engagent pour les services de l’Eglise et les oeuvres de charité, ...
Gérard. Pour ma part, je suis arrivé dans le diocèse, il a un an et demi, en septembre 2006 pour un renforcement de liens de solidarité et de coopération entre les deux diocèse de Nancy et de Gitéga. Après un premier séjour en septembre 2004, mon évêque m’a envoyé comme prêtre “fidei donum” dans le cadre d’un projet missionnaire d’ouverture de notre diocèse à d’autres diocèses et tous les chrétiens de mon diocèse soutiennent ce projet-là. Je suis étonné de voir les liens de collaboration qui peuvent exister entre prêtres et fidèles (bien que le nombre se réduisent). J’apprécie en particulier, l’engagement des Equipes d’animation pastorales ; je remarque que les chrétiens regrettent cette situation de déchristiani-sation d’aujourd’hui et que certains veulent s’engager pour un renouveau pastoral. Un étonnement : pourquoi ce manque d’intérêt des familles pour la formation catéchétique de leurs enfants ? Pourquoi les gens se précipitent à rentrer chez eux après la messe? Je crois que le temps est plus “élastique” chez nous !
• Vous ne vous sentez donc pas trop étrangers dans le diocèse de Nancy ?
Apollinaire : Je ne me sens pas étranger mais vraiment prêtre, membre à part entière de la communauté ecclésiale de St-Jean de la Commanderie, une communauté qui prie, une communauté qui célèbre et je suis content de voir la diversité qui s’y trouve, et de rencontrer des chrétiens qui échangent. Je veux y apporter ma part à la construction de l’Eglise qui est à Nancy.
Gérard : Ma présence est d’abord une reconnaissance du travail missionnaire des Européens et surtout des missionnaires français. Je me sens un frère ici parmi les frères et soeurs. Je ne suis pas venu offrir ici “le Christ du Burundi” mais avec ma foi chrétienne et mes convictions à découvrir ou redécouvrir ensemble le Christ qui est là, dans les situations concrètes de la vie ici. Je “n’exporte donc pas” la foi, mais ensemble, avec les chrétiens de Nancy, je veux découvrir que le Christ est présent et vivant parmi nous. Oui, c’est vraiment ce que je veux faire... |  Glossaire :
Prêtre fidéi donum : On appelle ainsi les prêtres qui sont envoyés en mission en dehors de leurs diocèse pour aller à l’étranger pour un temps dans un autre diocèse, Beaucoup de prêtres français sont ainsi partis en mission comme “fidéi donum” en Afrique, en Amérique latine, en Asie. En France, des prêtres d’autres continents commencent maintenant à venir en mission chez nous.
Les prêtres étrangers dans notre diocèse.
On compte à ce jour six prêtres venus de pays étrangers dans notre diocèse. Nous avons rencontré pour vous deux d’entre eux.
• Apollinaire NGUN. Né en 1959, il est originaire du diocèse de IDIOFA (République Démocratique du Congo) où il a été ordonné prêtre en août 1986. Après treize années de ministère en paroisse, il est arrivé en Europe dans le cadre d’un projet spirituel (Oratoire Afrique RD Congo) puis, pour une formation dans le domaine du développement. A Nancy depuis 6 ans, d’abord à la maison de Retraite à Essey-lès-Nancy, puis depuis 2 ans, à la paroisse St Jean de la Commanderie. • Gérard NDUWIMANA. Né en 1969, Gérard est ordonné prêtre en l’an 2000 dans le diocèse de GITE-GA au Burundi. Il exerce alors différents ministères, en paroisse, dans une aumônerie de lycée où il travaille avec un diacre de Nancy et son épouse, et comme recteur d’un sanctuaire marial. Il est arrivé à Nancy en 2006 après un court séjour en 2004.
La Communauté Chrétienne Africaine
Emanation de la pastorale des Migrants du diocèse de Nancy, au même titre que les Communautés portugaise, polonaise, malgache, du Sud-Est asiatique et de combien d’autres Communautés qui vivent dans notre département, elle rassemble les Africains qui partagent solidairement les joies, les peines et les soucis des uns et des autres. La Communauté Chrétienne Africaine est pour tous une station spirituelle chrétienne. En son sein, se retrouvent des membres voulant rester fidèles à leur foi chrétienne, reçue en Afrique et désirant la vivre en terre étrangère, en communiant d’ailleurs avec les nationaux du pays d’accueil, d’autres en recherche de la vérité. Et des prêtres africains, coopérateurs dans diverses paroisses du diocèse ou en étude. Nombreux sont les Africains, originaires de pays différents en Meurthe et Moselle. Ils sont venus comme étudiants, travailleurs, cadres ou réfugiés. Il est naturel qu’ils se retrouvent par affinité ou par région et participent dans des associations où ils retrouvent un peu de leur histoire et de leur tradition. La Communauté Chrétienne Africaine propose des moments de partage biblique, et des temps de célébration eucharistique ainsi que des “agapes familiales”. Des occasions pour eux de vivre la charité fraternelle et la solidarité, comme Jésus le demande... R.M.
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